90 % de déchets nucléaires, EDF est le plus gros producteur français
Deux questions à Bernard Dupraz, directeur général adjoint production ingénierie à EDF.
Avec 90 % de déchets nucléaires, EDF est le plus gros producteur français. Que faites-vous aujourd’hui de vos déchets ?
L'inventaire des déchets radioactifs 2009 (ANDRA) précise l'origine de l'ensemble des déchets : 62,5% sont issus de la production d'électricité d'origine nucléaire. Les 58 réacteurs nucléaires EDF produisent environ 420 TW/an d'électricité en consommant une moyenne de 1150 tonnes de combustible neuf.
Deux sortes de déchets radioactifs sont générées par cette production d'électricité. Tous bénéficient de solutions de gestion techniques sûres :
- les déchets « à vie courte » (90% du stock total de déchets radioactifs). Ils sont issus de l'exploitation et de la maintenance des centrales et perdent la moitié de leur radioactivité tous les 30 ans. Ils sont triés selon leur niveau de radioactivité et leur nature, conditionnés et stockés en surface dans les centres de l'Andra dans l'Aube.
- les déchets « à vie longue » (10% du stock total). Ils sont issus du traitement du combustible usé sortant des centrales nucléaires et perdent la moitié de leur radioactivité sur des durées supérieures à 30 ans. Ils sont transformés en blocs de verre inaltérable et sont entreposés dans l'usine Areva NC de La Hague.
Pour tous ses déchets, EDF assume sa responsabilité en appliquant 4 principes de base : limiter les quantités produites, trier par nature et par niveau d'activité, conditionner et préparer la gestion à long terme, isoler de l'homme et de l'environnement.
Pour la gestion des combustibles usés, EDF a fait le choix du processus de traitement, qui permet la séparation entre les matières valorisables (96%) et les matières non recyclables (4% de déchets à vie longue). Puis le recyclage des matières valorisables en de nouveaux combustibles.
Votre image d'industrie propre est-elle conciliable avec la gestion des déchets radioactifs ?
Toute activité industrielle génère des déchets. Pour ce qui concerne l'activité de production d'électricité d'origine nucléaire, tous les déchets sont tracés, surveillés et reçoivent un conditionnement constituant une barrière à la radioactivité.
L'ensemble des filières de gestion est placé sous le contrôle de l'autorité compétente pour la sûreté des installations productrices de déchets, la Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la radioprotection (DGSNR)
Les progrès accomplis au niveau de la conception, de l'exploitation des centrales et de la gestion du combustible ont permis de réduire les volumes de façon significative : déchets liés à l'exploitation divisés par trois depuis 1985 ; réduction de 25 % de la quantité de combustible consommée chaque année. Et donc diminution dans les mêmes proportions des déchets à vie longue.
EDF en Action : Avec Henri Proglio à la tête d'EDF, le gouvernement entend renforcer le nucléaire français à l'international. Il attend une meilleure coopération entre l'électricien public et Areva.
Donner un nouvel élan à EDF hors de l'Hexagone et assurer une meilleure coordination avec les autres acteurs de la filière nucléaire tricolore. Telles semblent être deux des missions majeures que l'Etat entend confier à Henri Proglio. Des objectifs susceptibles de créer des tensions entre EDF et ses partenaires.
Pour la ministre de l'Economie Christine Lagarde, l'important est de consolider le métier de l'électricien public. C'est-à-dire« qu'on soit capable de démontrer la puissance à travers le monde des compétences nucléaires françaises », a-t-elle déclaré dimanche soir. Plusieurs arguments vont dans ce sens. Veolia réalise 60 % de son chiffre d'affaires à l'étranger où il exporte ses multiples technologies (dessalement, traitement des eaux ou des déchets).
Grâce à une culture de l'entreprise privée, le groupe actuellement présidé par Henri Proglio est rompu aux appels d'offres internationaux.
Profiter du renouveau nucléaire
Certes, EDF n'a pas ménagé ses efforts pour développer l'EPR à l'étranger. C'est bien ce que son patron Pierre Gadonneix avait en tête en achetant British Energy, en essayant de mettre la main sur la moitié du parc nucléaire de l'américain Constellation, en créant une coentreprise avec le chinois CGNPC ou en scellant un partenariat avec l'italien Enel. Mais il semble que le gouvernement veuille aller plus loin et mettre la filière nucléaire en ordre de bataille pour profiter du renouveau du nucléaire. Ce qui passerait, sinon par des liens capitalistiques, au moins par une meilleure coordination entre les acteurs. « Il faut renforcer le duo EDF-Areva et harmoniser la commercialisation du savoir-faire », estime une source proche du dossier.
La réflexion ne fait que commencer, mais un renforcement du rôle d'EDF pourrait entraîner des frictions. Pour l'heure, chacun attend de voir la feuille de route d'Henri Proglio. Sur le fond, Areva, qui détient la technologie de l'EPR, défend un modèle « polymorphe », dans lequel chacun, en fonction de son histoire, est le plus à même de répondre à la demande du client : GDF Suez au Brésil où le groupe est le premier électricien privé, Areva en Inde avec l'électricien NPCIL ou aux Etats-Unis avec Duke, EDF en Chine ou au Royaume-Unie.
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