Le 7è Forum mondial du développement durable de Ouagadougou favorable au sommet de Copenhague
Du 9 au 11 octobre 2009 s’est tenu à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, le 7è Forum mondial du développement durable. Plus de 2000 personnes, venant de toute la surface du globe, étaient présentes. Réunis à quelques semaines de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui se tiendra à Copenhague en décembre prochain, les experts des questions environnementales et les chefs d'état africains ont arrêté des mesures permettant de consolider les décisions prises en 2008 lors du sommet de Brazzaville.
Cette rencontre internationale, qui avait pour thème “le changement climatique: quelle opportunités pour un développement durable ?” s'est achevée dimanche 11 octobre au palais Omnisport de Ouaga 2000, une grande première pour ce sanctuaire du sport burkinabè, qui abritait pour la première fois une manifestation. Le grand public a été massivement invité à cette journée de haut niveau, qui a réuni les chefs d’Etat et de gouvernement.
Experts et chefs d’Etat ont tous plaidé en faveur d’une prise de conscience africaine du danger auquel la terre est exposée et ont appelé à une synergie d’actions vigoureuses pour limiter considérablement les gaz nocifs pour la couche d’ozone. La rencontre a servi de cadre à l’adoption d’une position commune africaine, ainsi qu’à une vision partagée entre le continent et la Ligue arabe avant le sommet de Copenhague au Danemark, en décembre prochain. L’un des enjeux centraux du rendez-vous danois (la COP 15) était de renouveler, et surtout de renforcer, les engagements contraignants souscrits à Kyoto pour la période 2008-2012. Le protocole de Kyoto est le plus important instrument visant à lutter contre les changements climatiques. Il fait suite à la Convention sur le climat de 1992.
C’est le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, qui a présidé la cérémonie d’ouverture. La rencontre de Ouagadougou, selon Blaise Compaoré, traduit “la volonté du Burkina Faso de favoriser le partage de savoirs et d’expériences porteuses isus des précédentes éditions”. Celle-ci, a-t-il observé, “s’inscrit comme une plate-forme de concertation entre les pouvoirs publics, le secteur privé et la société civile dans la perspective de la quinzième conférence des parties sur les changements climatiques, prévue en décembre 2009 à Copenhague”.
Au total 2000 personnes, dont 1500 participants nationaux et 500 étrangers, ont participé au Forum. La France a été représentée, notamment par l’ancien président de la République Jacques Chirac, au titre de sa Fondation (au service de la paix), ainsi que par le ministre d’Etat Jean-Louis Borloo en charge de l’Energie, de l’Ecologie et du Développement durable. “Je salue les efforts des Etats africains, qui représentent plus du quart des Etats de l’Organisation des Nations unies, pour parler à Copenhague d’une seule voix”, a dit Jacques Chirac, qui a plaidé pour une accélération du combat pour le développement, la sécurité alimentaire, la santé. “Comment imaginer agir sur les pollutions, les émissions de carbone, la destruction des forêts, sans agir d’abord sur les causes : le déficit de développement, le manque de moyens des Etats, la pénurie d’investissements dans le secteur privé ?” a-il demandé.Continent le plus pauvre du monde, en pleine explosion démographique, l’Afrique est particulièrement sensible aux changements climatiques, avec ses effets corollaires : sécheresses, inondations, intempéries, érosion des sols… Ces phénomènes sont provoqués par l’émission du gaz à effet de serre par les pays industrialisés, comme le prouvent les catastrophes naturelles qui se sont produites cette année au Burkina Faso, dont la capitale était sous les eaux début septembre dernier. “Nous avons assisté à des inondations à répétition, qui ont eu de lourdes conséquences humaines et matérielles. Cela nécessite qu’on évoque la question et que la solidarité internationale prévale”, a observé Salifou Sawadogo, le ministre burkinabè de l’Environnement et du cadre de vie.
Retraçant les épisodes dramatiques vécues par les populations burkinabè, africaines et asiatiques, dûs aux bouleversements climatiques, le président Campaoré a annoncé : “La stabilisation des concentrations des gaz effet de serre à un niveau qui limite les perturbations du système climatique est indispensable pour préserver l’ensemble du globe de la pollution et des catastrophes naturelles telles que les inondations, les sécheresses et la perte de la biodiversité”. “Aucun programme de développement socio-économique durable ne doit ignorer l’importance des changements climatiques”, a-t-il ajouté.
Le développement durable intègre étroitement les aspects humains, économiques et environnementaux. Pour chaque pays, la priorité dépend avant tout de son état d’avancement dans chacun de ces domaines. Pour l’Afrique, c’est le développement humain qui prime. L’accès à l’eau et à la nourriture, ainsi que l’accès à la santé et à l’éducation sont prioritaires. Ce qui ne veut pas dire que l’environnement ne doit pas être pris en considération dans le choix des projets de développement. “De récentes études révèlent que l’Afrique demeure le plus vulnérable à ces changements climatiques, dans la mesure où plus de 150 millions de personnes y seront, d’ici 2020, exposées à des problèmes de pénurie d’eau, de famine et autres catastrophes à cause du réchauffement de la planète, alors même que ce continent ne contribue pour à peine 4% aux émissions mondiales de gaz à effet de serre”, a expliqué Tertius Zongo, premier ministre du Burkina Faso, lors de son discours d’ouverture. “Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), plusieurs centaines de millions de personnes dans le monde, dont une large proportion sur le continent africain, seront contraintes de migrer du fait du stress environnemental et des conflits sur les ressources qui s’amenuisent”.
C’est pourquoi la première des priorités est plus que jamais d’accélérer la sortie de la pauvreté. “Les pays les moins avancés méritent un effort de solidarité particulier, à la fois pour arracher la population à la pauvreté, et pour réaliser les investissements nécessaires à prévenir les risques liés au changement de climat”, a indiqué Jacques Chirac. “Je suis résolument contre l’idée d’une compensation globale où l’Afrique serait dédommagée pour ne plus toucher à ses forêts, pour geler sa consommation d’énergie et renoncer à son industrialisation”.
Le Forum s’est déroulé en plusieurs étapes. Au total, 7 thématiques ont constitué les réflexions de Ouagadougou. Les ministres français et burkinabè de la santé, Philippe Douste Blazy et Seydou Bouda, ont animé la session autour de la question de la santé. Les changements climatiques ont des effets négatifs sur les populations les plus vulnérables : maladies liées à l’eau non potable, à la pollution, à la sécheresse, au développement des épidémies. Selon les experts, “il manque annuellement 40 milliards de dollars pour atteindre les OMD, chiffre à comparer avec les 5 000 miliards de dollars de plan d’appui aux banques et aux plans de relance des pays développés et émergents, et il ne faut pas que la lutte contre les causes et les effets des changements climatiques se fasse aux dépens des objectifs urgents de lutte contre la pauvreté et l’amélioration de la santé”, ont déclaré les ministres de la santé.
A l’issue de la déclaration dite de Ouagadougou, forte de 26 décisions, il a été décidé de consolider les acquis du protocole de Kyoto et de mettre les pays développés face à leurs responsabilités dans les changements climatiques, tout en les exhortant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à répondre au principe de pollueur-payeur, en accordant davantage d’assistance financière aux pays d’Afrique. “Pour la première fois, l’Afrique aura une position commune au sommet de Copenhague”, s’est félicité Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine, dans une interview accordée à la presse. Et cette position est claire. “Nous ne polluons pas, mais nous subissons les conséquences de la pollution. Dans ces conditions, le Nord doit nous aider à faire face aux catastrophes dues aux changements climatiques. C’est pour cela que nous souhaitons une compensation car nous subissons les choix des pays industrialisés”, a expliqué Beyon Luc Adolphe Tiao, ambassadeur du Burkina Faso à Paris.
Les chefs d’Etat et de gouvernement se sont alignés, également, pour œuvrer à la mise en place d’une agence internationale d’assurance sur le climat, dotée d’un mécanisme de financement pour la gestion des effets négatifs des phénomènes climatiques, sur la base de contribution volontaire, et de lancer un appel aux pays du Nord pour qu’ils contribuent davantage à la promotion des énergies renouvelables (comme le biocarburant, l’hydroélectricité, l’énergie solaire et éolienne) et de transfert de technologies propres.
Parallèlement au Forum, il s’est tenu d’autres expositions. Au nombre de celles-ci, l’exposition des technologies alternatives (telles que l’énergie solaire), qui a eu lieu à côté de la salle de conférence internationale de Ouaga 2000.
A l’issu du Forum, le ministre Jean-Louis Borloo a résumé le défi qu’il reste à accomplir : “L’Afrique est un partenaire indispensable pour arriver à un accord commun au prochain sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique”.
Annik Bianchini
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